"Comme c'est souvent le cas pour les lois chinoises liées à la sécurité nationale, les autorités chargées de l'application disposent d'une immense marge de manœuvre pour déterminer ce qui constitue une infraction", selon les observateurs.
( AFP / PEDRO PARDO )
La Chine met en place à partir de mercredi 1er juillet un contrôle accru des investissements à l'étranger, censé garantir la "sécurité nationale" dans des secteurs jugés sensibles -IA, semi-conducteurs....-, sur fond de rivalité technologique avec les Etats-Unis.
Les nouvelles règles, dévoilées initialement le 1er juin, offrent aux autorités un vaste cadre juridique pour orienter et maîtriser les flux de capitaux et de personnel qualifié de la Chine vers l'international.
Pékin considère des domaines comme l'intelligence artificielle (AI), les semi-conducteurs et les technologies vertes comme cruciaux sur les plans économiques et stratégiques, et cherche à en favoriser l'essor dans le pays. En parallèle, les nouvelles mesures visent à "améliorer la qualité et le niveau des investissements sortants", selon les dispositions énoncées par le gouvernement chinois.
Ces investissements à l'international doivent respecter la "conception globale de la sécurité nationale", tout en cherchant à "équilibrer les considérations nationales et internationales", indiquent les réglementations. En pratique, le nouveau cadre autorise le gouvernement à procéder à des examens des investissements ou transferts susceptibles d'avoir un impact sur la "sécurité nationale", alors que Pékin voit souvent d'un oeil méfiant les transactions transfrontalières. Son principal organe de planification économique a ainsi bloqué en avril une tentative du géant technologique américain Meta, propriétaire de Facebook, de racheter la start-up d'IA Manus créée par une entreprise fondée en Chine, et ce même si cette firme est désormais basée à Singapour.
"Immense marge de manœuvre"
En vertu des nouvelles règles, les restrictions sur les transactions hors de Chine ne se limiteront plus au transfert de biens et de données, mais s'étendront à l'exportation de services, par exemple l'envoi d'experts techniques à l'étranger ou la réalisation de formations hors du pays.
Une entité indépendante américaine, la US-China Economic and Security Review Commission, a jugé cette semaine sur les réseaux sociaux que ce durcissement de Pékin "renfor(çait) une tendance" qu'elle "suivait depuis des mois".
"Comme c'est souvent le cas pour les lois chinoises liées à la sécurité nationale, les autorités chargées de l'application disposent d'une immense marge de manœuvre pour déterminer ce qui constitue une infraction, ce qui accroît les risques pour les entreprises étrangères" installées en Chine, avait prévenu dès mai cette commission bipartisane.
Défi pour l'Europe
Mais certains investisseurs redoutent pour leur part que ces règles durcies ne limitent la capacité de l'écosystème technologique chinois foisonnant et tentaculaire à accéder aux marchés mondiaux.
Pékin cherche à protéger ses capacités locales en matière d'IA dans sa rivalité avec Washington, mais au risque de couper le reste du monde des investissements chinois, abonde auprès de l' AFP Alicia Garcia-Herrero, économiste en chef Asie-Pacifique chez Natixis.
"C'est terrible pour l'Europe : si quelqu'un croyait que nous pourrions nous appuyer sur les modèles (d'IA) de la Chine, c'est faux", juge-t-elle, ajoutant que les Européens ne pourront pas non plus compter sur les talents chinois pour développer leurs propres modèles.
Face aux Etats-Unis et à la Chine, l'Europe devra donc rechercher des partenariats stratégiques avec d’autres acteurs-clés comme la Corée du Sud et le Japon "si elle veut avoir une chance de ne pas devenir trop dépendante", conclut-elle.
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